A. VILLATTES : Témoignage sur la continuité pédagogique dans un collège REP

Agnès VILLATTES est professeure de mathématiques au collège Édouard Vaillant à Bordeaux. Elle assume également un rôle de coordinatrice Collège La main à la pâte, formatrice académique et chargée de mission d’inspection.

Ce témoignage a été rédigé le 2 avril 2020, le dispositif mis en place a déjà évolué depuis la première semaine, et continue d’évoluer selon les besoins et problématiques qui se posent. Ces pratiques ne constituent en aucun cas un modèle à reproduire, simplement un exemple qui pourra inspirer des collègues confrontés à des situations semblables.

Le dispositif mis en œuvre dans mon établissement

Le collège Édouard Vaillant de Bordeaux est un établissement classé REP. Il y a une très grande hétérogénéité des élèves, certains sont allophones, d’autres en grande difficulté sociale et/ou scolaire, ou en difficulté mais volontaires et assidus, sérieux et excellents sur le plan scolaire. Pour la continuité pédagogique, l’établissement a fait le choix d’utiliser Pronote à laquelle les élèves comme leurs parents, et les enseignants, sont déjà bien habitués.

En complément, des éducateurs passent voir les familles les plus en difficulté pour apporter les documents en version papier. Des ordinateurs ont été prêtés aux élèves n’en possédant pas ou aux familles comptant plusieurs enfants et un seul ordinateur pour eux et leurs parents.

Chaque équipe éducative, pilotée par le professeur principal de chaque classe, avait beaucoup de liberté dans la manière de mettre en place la continuité pédagogique. Un compte-rendu doit être fait auprès du chef d’établissement chaque semaine, en alertant éventuellement sur des difficultés d’élèves et de familles, qu’elles soient sociales, d’accès aux contenus sur Pronote ou technologiques, afin de faire un travail d’équipe impliquant si besoin l’assistante sociale ou une aide du fond social.

Des difficultés techniques d’accès aux outils ont été constatées la première semaine pour environ 20% des élèves : difficulté de connexion, oubli des identifiants, réseaux saturés, surcharge des serveurs de Pronote. Ces problèmes ont été résolus sous 10 jours environ. Il reste parfois jusqu’à 4 élèves par classe sans contact avec le travail demandé, bien que nous ayons pu vérifier qu’eux et leur famille allaient bien. Ce sont des élèves qui, avant le confinement, étaient déjà en décrochage scolaire très fort, et qui font donc l’objet d’un suivi important, coordonné par la cellule de veille.

Organisation pour la classe de 6e dont je suis professeure principale

J’ai d’abord proposé des travaux techniques simples, une fois par séance de l’emploi du temps « classique », via Pronote. Comme beaucoup d’entre nous, je me suis aperçue que cela s’avérait trop à gérer pour les élèves. En effet, une matinée avec 4 disciplines correspond donc à 4 travaux très différents, nécessitant chacun la lecture de nouvelles consignes sur Pronote, parfois sur « devoirs à faire », parfois dans « contenus de cours ». Ce qui signifie de nouveaux documents à ouvrir, des consignes tout autres à comprendre seul, avec peut-être un rendu à faire (capture, envoi sur Pronote ou par mail). Tout ceci sans le changement de salle et d’environnement, l’accompagnement de l’enseignant, tout ce qui d’habitude aide l’élève à effectuer ces passages.

L’ensemble des professeurs  ont rapidement convenu qu’il fallait aménager un emploi du temps spécial, proche de l’emploi du temps habituel, mais nécessitant moins de changement de disciplines durant une demi-journée et avec des organisations qui se voulaient plus harmonisées.

Voici ce qui a été convenu entre enseignants de la classe de sixième dont je suis professeure principale :

Organisation de la continuité pédagogique pour la classe de 6e B

Autant que possible, harmonisons notre présentation du travail…

  • Donner le travail à faire dans « contenus de cours » ET dans « cahier de texte » (cahier de texte immédiatement visible sur Pronote depuis leur portable, par contre une fois le jour passé, ces devoirs disparaissent. Et donc les élèves les plus décrocheurs et leurs parents ne voient plus ce qu’ils ont manqué…).
  • Indiquer ce travail aux créneaux indiqués ci-dessous, ils se veulent au plus près de leur EDT habituel tout en allégeant. Par exemple, cet EDT permet de ne pas dépasser 2 disciplines par demi-journée (sauf mercredi).

  • Donner une fiche récapitulative du travail à faire pour la semaine à venir, ou effectué durant la semaine passée (éventuellement pas quinzaine, selon les thèmes d’étude que vous développez) dans « cahier de texte – devoirs pour lundi ».
    Cela aide les familles à s’organiser selon leurs propres impératifs et cela aide le professeur principal à faire un suivi du travail demandé avec les familles.
  • Pour s’assurer du minimum d’implication des élèves : De temps en temps, chacun donne un travail basique, sur les essentiels, dont il peut récupérer le travail : soit QCM, soit devoir à rendre, autre… Restons modeste sur les attendus, car le but là est de repérer si les élèves décrocheurs ou fragiles suivent un minimum. Et si les élèves ne les font pas ou sont totalement en échec, s’il vous plait, alertez-moi ou contactez la famille pour qu’on agisse rapidement.

Le travail proposé en mathématiques

En mathématiques, j’ai choisi d’organiser le travail en 4 temps par semaine, sur un seul thème d’étude à chaque fois :

  • Jeudi : 45 min de classe virtuelle (outil CNED)
  • Jeudi : la classe virtuelle est suivie de 45 min de travail en autonomie, dans la continuité de ce qui a été découvert en « classe ».
  • Vendredi : une séance de travail représentant environ 1h à 1h30 de travail, avec éventuellement de photo de leur travail à me renvoyer sur mon courriel académique (pour ne pas surcharger Pronote en documents).
  • Entre vendredi et jeudi suivant : 2 QCM d’entrainement et d’auto-évaluation, qui me permettent aussi de voir quels élèves les ont faits ou non, et de repérer le niveau d’acquisition de chacun.

 

J’ai privilégié des outils institutionnels pour communiquer ou pour récupérer les travaux des élèves. Je préfère ne pas utiliser de webcam durant la classe virtuelle, notamment pour les élèves. Cela permet, à mon sens, de préserver plus facilement leur intimité et celle de leur famille, c’est aussi pourquoi je suis très vigilante aussi sur les micros, ils ne doivent être allumés que lorsque l’enfant participe.

Chaque semaine, j’envoie un plan de travail en PDF présentant le thème de la semaine et rappelant le jour et l’heure de la classe virtuelle introductive du thème. Je préfère éviter de donner trop d’éléments avant la classe virtuelle, car dans mon organisation pédagogique et didactique, elle a pour fonction d’introduire ou de réactiver des connaissances avec le groupe classe. J’évite ainsi en partie que certains, les plus rapides, prennent trop d’avance par rapport à d’autres (ils s’ennuieraient ou « spoileraient » les autres…). Après la classe virtuelle, le plan de travail est complété pour tout le reste de la semaine, présentant également le nom des deux QCM donnés à faire pour lundi (construits sur Pronote).

Retours, réflexions et perspectives

Les familles font des retours plutôt positifs, et les élèves surtout semblent très contents. Dans cette 6eB, la majorité des élèves trouvent que la quantité de travail est « normale », 2 ou 3 trouvent qu’il y en a trop et 1 trouve qu’il y en a trop peu. Le travail à prendre en photo et à renvoyer est effectivement fait et renvoyé par mail par tous les élèves de la classe dont je suis professeure principale, et par deux tiers des élèves de l’autre classe de sixième que j’ai en charge, avec plus ou moins de régularité et de réussite dans les rendus bien sûr. Les QCM sont faits par presque tous les élèves des deux classes (à part 3 ou 4 élèves allophones ou en décrochage léger avant le confinement, qui devient malheureusement plus fort encore). Ils sont assez bien réussis, mieux que les résultats antérieurs pour certains. En effet les discussions personnalisées sur Pronote quand un élève me pose une question (ou inversement), les travaux sur leurs cahiers que j’annote (annotation sur PDF ou JPG), les discussions en classe virtuelle, ont permis à des élèves d’habitude très réservés et en retrait, de se révéler et de prendre de l’assurance dans cette relation privilégiée avec leur enseignant.

J’ai fait le choix d’avancer dans ma progression, en privilégiant les thèmes du programme qui sont les moins difficiles à travailler à distance (j’évite par exemple les angles et la fraction-quotient pour l’instant en 6e). J’ai conscience qu’à notre retour en classe, certains auront suivi et d’autres pas du tout, je me dis que justement je pourrais donner du travail d’approfondissement aux uns, avec demande d’autonomie ou travaux de groupe, pendant que je reprendrai les notions travaillées durant le confinement avec les élèves fragiles qui ne les auraient pas travaillées ou comprises.

Le dispositif que j’ai mis en place va sûrement évoluer encore, mais je tiens à ne pas tout changer, mes élèves ont besoin de rituels et d’habitudes pour structurer leurs apprentissages. Suite à la première classe virtuelle, beaucoup souhaitaient qu’on en fasse plus souvent car ils étaient ravis. Je verrai si cela est possible, notamment parce que certains partagent l’ordinateur avec des grands frères ou sœurs en lycée qui en ont déjà eux aussi, une de mes élèves par exemple doit quitter la classe virtuelle à 10h50 pile car sa grande sœur en a une juste après !

En conclusion, je dirai que j’ai limité les outils numériques pour construire, animer, diagnostiquer et remédier, car j’ai moi-même deux enfants à la maison et il nous faut tenir sur la durée. Alors ménageons-nous aussi des moments de repos et des coupures numériques, il nous faut être en forme pour nos proches et nos élèves pendant encore un « certain temps «  comme dirait Fernand Raynaud (sketch le fut du canon, 1950, non je n’étais pas née !).

Prenez bien soin de vous !
Agnès Villattes

Pour en savoir plus sur ce dispositif

Les documents suivants fournissent des exemples correspondent à une semaine de travail :

  • Plan de travail pour la suite de la semaine en 6e
    Le document est en PDF avec une grosse police de caractère pour faciliter la lecture avec un smartphone. Les exercices sont majoritairement ceux de leur manuel, mais certains les ont perdus ou oubliés au collège, donc je mets toujours les captures d’écran sur la fiche de travail.
  • Messages aux familles les 15 et 29 mars pour présenter ce qui est attendu en mathématiques
    Par rapport à ce qui a été annoncé dans le premier message, j’ai renoncé à faire des séances toujours sur le même schéma, car elles ne remplissent pas toutes la même fonction. En effet, je préfère désormais travailler sur un thème déroulé sur toute une semaine, plutôt que d’enchainer 3 ou 4 séances presque indépendantes les unes des autres. De plus, le devoir de synthèse est remplacé par les QCM hebdomadaires. Plus encore qu’en classe, certains élèves sont très autonomes et avancent vite, alors que d’autres sont perdus, notamment à cause des problèmes de maitrise de la langue, aggravés ici par le fait que les consignes ne sont presque qu’écrites, sans aide à leurs côtés pour les comprendre et entrer dans la tâche.

Classe virtuelle ouverte

Dans le cadre du dispositif Classe virtuelle ouverte, vous pouvez assister à une séance en classe virtuelle d’Agnès VILLATTES avec ses élèves.

Si vous êtes intéressés, après avoir pris connaissance du fonctionnement du dispositif, vous pouvez lui écrire à l’adresse Agnes.Villattes@ac-bordeaux.fr.

Lien Permanent pour cet article : https://ent2d.ac-bordeaux.fr/disciplines/mathematiques/continuite-peda-temoignage-villattes/

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.