B. POUTS-BARAILLE : Témoignage sur la continuité pédagogique

Bénédicte POUTS-BARAILLE est professeure de mathématiques au collège d’Arzacq. Elle assume également les missions de formatrice académique et chargée de mission d’inspection.

Ce témoignage a été rédigé le 2 avril 2020, le dispositif mis en place a pu évoluer depuis. Ces pratiques ne constituent pas un modèle à reproduire, simplement un exemple qui pourra inspirer des collègues confrontés à des situations semblables.

Dispositif mis en place dans mon établissement

Le collège d’Arzacq est un collège rural dans lequel l’accent est mis sur le bien-être au collège. Nous portons depuis deux ans un projet CARDIE intitulé « neurosciences et bien vivre au collège ». Dans cette dynamique, nous avons choisi d’établir un planning pour aider les élèves à s’organiser (3h de travail par jour pour les 6èmes-5èmes et 4h de travail pour les 4èmes-3èmes) mais aussi pour qu’ils puissent vivre au mieux ce confinement. Nous avons essayé de prendre en compte les difficultés d’attention de nos élèves et leur mise au travail parfois difficile.

Il a été décidé que nous utiliserions principalement Pronote (que les élèves manipulent facilement) et dans la mesure du possible, uniquement Pronote pour déposer et récupérer les travaux des élèves. Malgré les difficultés de connexion que peuvent connaître les zones rurales, les élèves et les parents sont très actifs sur Pronote.

L’équipe de direction de notre collège nous réunit une fois par semaine en classe virtuelle pour faire un bilan de la semaine écoulée, des remontées des parents, de notre ressenti ou encore des dernières informations reçues. Ces moments de régulation sont importants : à trop vouloir bien faire, nous avions, par exemple, surchargé nos élèves de travail en début de confinement malgré les décisions prises en amont.

Le lien avec mes élèves

Une de mes priorités est de ne pas casser le lien avec mes élèves et de maintenir un espace de dialogue avec eux. Ces jeunes sont confrontés à une situation inédite et très anxiogène, ils ont exprimé leur crainte de l’isolement aussi bien pédagogique que social. Je me suis saisie dès la première semaine de « ma classe virtuelle » du CNED pour leur proposer un premier rendez-vous pour faire un état des lieux, prendre en compte leur état émotionnel. Ils se sont emparés très vite de cet espace de dialogue et de l’outil (seuls 2 élèves ne se sont pas connectés, en raison de problèmes de connexion que je connaissais).

Le travail proposé en mathématiques

Je propose à mes élèves de troisième un plan de travail comportant 4 séances. Le jour où je dépose ce plan de travail, je communique avec eux et leur signale le nombre de documents à consulter. Je me limite à deux documents en plus du plan de travail qui s’appuie principalement sur leur manuel scolaire (ressource dont tous disposent, et qui permet de travailler sans écran). Je dépose ces documents en format PDF, ils ne sont pas forcément à imprimer, ils peuvent être consultés ou recopiés (leçon). Je leur laisse une semaine pour faire ces 4 séances, le travail doit être fait sur leur cahier.

J’organise ensuite une classe virtuelle « obligatoire » (certains ne peuvent pas se connecter en raison de problèmes de réseau), je préviens les élèves deux jours avant la séance en leur indiquant l’heure et le jour du cours, j’en informe aussi les parents.

Ces classes virtuelles se passent en 4 temps :

  1. Accueil: je propose un sondage pour savoir comment les élèves se sentent. Nous prenons entre 5 et 10 minutes pour s’écouter les uns les autres et se motiver. Lors de la troisième semaine, je note une baisse flagrante de motivation et ils me font part de l’importance des classes virtuelles pour maintenir le lien et l’envie de travailler.
  2. Que faut-il retenir des notions vues la semaine passée ? Je fais avec eux un bilan et les laisse poser des questions, nous corrigeons en général deux exercices (type brevet) que je leur avais donnés à faire en fin de semaine sur leur cahier (pas de rendu attendu).
  3. Introduction aux notions de la semaine suivante. A l’aide de questions flash, de petits problèmes, j’introduis et réactive les connaissances de mes élèves sur le thème choisi pour la semaine.
  4. Déroulé de la semaine, je leur expose ce que j’attends d’eux pour la semaine à venir.

 

Je n’utilise pas la vidéo en continue lors des classes virtuelles mais parfois, malgré le partage d’écran, je me suis sentie bloquée (par exemple, pour expliquer comment tracer l’image d’une figure par une rotation) et j’ai eu besoin de revenir sur un tableau blanc « classique ». J’ai donc créé, à l’aide de ma porte de placard et de crayons effaçables, un tableau blanc qui s’est avéré bien utile. (Une nappe blanche en papier et des feutres auraient pu aussi faire l’affaire.)
Les élèves sont contents de me voir à l’écran, je deviens « concrète » et plus une voix, je peux leur sourire et je trouve que cela détend l’atmosphère.

A l’issue de la classe virtuelle, je dépose sur Pronote un QCM qui permettra aux élèves de se situer sur les notions abordées la semaine précédente. Je ne leur demande pas de me rendre de travaux pour l’instant, uniquement des QCM.

Cette classe virtuelle « compte » bien entendu comme une séance donc petit à petit le jour de dépôt du plan de travail se décale. J’ai commencé un lundi et j’en suis à présent au jeudi.

Au bout de 3 ou 4 jours, je dépose les corrigés des exercices des deux premières séances, la veille de la classe virtuelle au matin, je dépose les corrigés de la troisième séance. Les exercices de la quatrième séance sont corrigés en classe virtuelle.

Bilan des 3 premières semaines

Les élèves se sont très vite appropriés les plans de travail et ils gèrent leur séance, parfois ils en font deux lorsque la journée n’est pas chargée, et puis parfois ils décalent au lendemain lorsqu’ils se sentent débordés.

Via l’outil « discussion » de Pronote, ils me posent quelques questions mais il s’agit souvent de questions d’ordre technique du type : je n’arrive pas à trouver tel document, tel document ne s’ouvre pas. Pour résoudre ces problèmes, j’ai déposé tous les documents classés par semaine sur un drive et je ne diffuse plus que le lien aux élèves.

Le temps d’accueil des élèves en classe virtuelle a permis d’ouvrir le dialogue avec certains élèves isolés. La CPE de mon établissement (qui est la référente pour le niveau 3e) se charge de ces élèves et assure un suivi quotidien pour maintenir le lien et leur motivation.

Une fois par semaine, j’envoie à tous mes élèves un message de soutien et je leur rappelle la confiance que j’ai en eux.

Évolutions envisagées

J’ai commencé à différencier les contenus en proposant lors de la dernière séance des exercices réservés aux élèves qui voulaient aller plus loin, je pense m’orienter également vers du travail en groupe de remédiation.

Je pense aussi utiliser les groupes de la classe virtuelle pour remettre en route les exercices de recherche (en rajoutant une demi-heure de classe virtuelle par semaine).

Pour en savoir plus

Classe virtuelle ouverte

Dans le cadre du dispositif Classe virtuelle ouverte, vous pouvez assister à une séance en classe virtuelle de Bénédicte POUTS-BARAILLE avec ses élèves.

Si vous êtes intéressés, après avoir pris connaissance du fonctionnement du dispositif, vous pouvez lui écrire à l’adresse Benedicte.Barrere@ac-bordeaux.fr.

Lien Permanent pour cet article : https://ent2d.ac-bordeaux.fr/disciplines/mathematiques/continuite-peda-temoignage-pouts/

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.