T.DUPONT : Témoignage sur la continuité pédagogique en classe virtuelle

Thierry DUPONT est professeur de mathématiques au collège Noes de PESSAC. Il assume également les missions de PFA (formateur académique) à l’INSPE de Mérignac.

Ce témoignage a été rédigé le 26 mars 2020, le dispositif mis en place a pu évoluer depuis et pourra continuer à évoluer en fonction de la régulation des pratiques propres à l’enseignant et de la concertation de l’équipe pédagogique de l’établissement d’exercice (par exemple autour du temps global de travail quotidien des élèves en classe virtuelle).

Cet exemple ne constitue pas un modèle à reproduire, mais il pourra inspirer des collègues confrontés à des situations semblables.

 

Durant cette longue période de confinement, et cela dès le début, j’ai réalisé qu’il fallait modifier mes pratiques d’enseignant de mathématiques afin de permettre à mes élèves d’avoir une certaine continuité dans la progression établie. J’ai donc pris en compte les spécificités de mon public ainsi que mes convictions.

Mes élèves sont issus d’un milieu globalement assez favorisé, avec des parents très présents ayant de bons moyens de communication par Internet.

D’un autre côté, il me semble que les activités langagières entre élèves et élève-enseignant, constituent un facteur important pour les apprentissages. Je reconnais être assez vigilant sur l’instauration en classe d’un dialogue constructif dans l’objectif de secondariser les discours de mes élèves pour leur permettre de se rapprocher de mes attendus.

La secondarisation des pratiques langagières consiste en des transformations de discours de genres premiers (spontanés, liés au quotidien, par exemple un rond, un cerceau, une assiette ronde) à des genres seconds (plus élaborés, réflexifs et décontextualisés, par exemple le cercle ou le disque).

Cela me paraît difficile pour un public de collégien de travailler seul sur un document écrit, sans retour rapide de l’enseignant. Sur cette dernière modalité de travail, l’élève peut avoir des difficultés à comprendre la consigne et à se saisir des attendus de l’enseignant.

La classe virtuelle du CNED

Je me suis orienté vers un travail à distance via l’outil « ma classe à la maison » du CNED car c’est ce qui me permet de rester au plus près de ma pratique enseignante, en permettant les activités langagières qui me semblent essentielles.

En quelques clics, on crée son compte avec son adresse académique. Un nom d’utilisateur et un mot de passe nous donne accès directement à l’onglet de la classe virtuelle. Le CNED génère alors deux liens, celui du modérateur (le professeur) et celui de l’utilisateur, c’est-à-dire l’élève, pour se connecter.

Dans le domaine des paramètres, on a la main sur les micros, les caméras des élèves, la possibilité de chatter ou bien d’écrire sur le tableau blanc.

Au niveau de l’organisation pédagogique, on peut afficher un tableau blanc pour écrire mais aussi projeter un document PDF, une image ou même visualiser des logiciels tels que Geogebra, un tableur ou scratch. Le côté dynamique de ces fonctionnalités m’a vraiment séduit.

Une séquence de 4 séances par semaine

Concrètement, j’ai opté pour des séances à des horaires fixes tous les matins, d’une durée de 45 minutes. Cela est possible parce que mes élèves sont bien connectés, et parce que mes collègues des autres disciplines ont un recours moindre à la classe virtuelle.

En classe virtuelle, la ponctualité est de mise et en quelques secondes je vois apparaître sur mon espace de travail les connexions de mes élèves. Pour les éventuels retardataires, car il peut y avoir des problèmes de connexion, le début de la séance (3 min) est consacré au rappel des règles de civilité sur Internet, notamment, l’activation du micro après l’autorisation du professeur. Pour des raisons de déontologie, j’ai fait le choix de désactiver toutes les caméras.

Voici par exemple le contenu de la semaine 1 : une fiche d’exercices puis un problème à prise d’initiative

Déroulé d’une séance de classe virtuelle

En ce qui concerne l’organisation didactique de mes cours, je prépare un scénario assez détaillé, minuté, en anticipant autant que possible les réponses des élèves.

La structure de chaque séance est quasi identique à mes pratiques sur le terrain.

  1. les activités mentales de mise en route, ce qui permet à tous de s’atteler à la tâche
  2. un travail plus fin de recherche (10 minutes environ), suivi d’une mise en commun nécessitant une gestion de la prise de parole des élèves.
    Pour accéder aux nombreuses sollicitations des élèves, il est important de noter sur papier, l’ordre dans lequel on se propose de faire passer les élèves : « Toto je te propose de passer en position 1, Tata en position 2 et Titi en position 3, préparez-vous à activer votre micro à tour de rôle, tout le reste de la classe reste le micro éteint ».
    Par exemple, pour le problème sur les poissons cité ci-dessus, les élèves de 6e ont proposé, à tour de rôle à l’oral, de nombreuses procédures valides.
  3. On termine la séance par quelques notions préparatoires au prochain cours.
  4. La clôture de la séance doit être à mon avis conviviale, je laisse mes élèves s’exprimer librement pour répondre à des questionnements divers.

Évolution du travail proposé depuis le début de l’enseignement à distance

La première semaine était consacrée à l’installation de routines tant du côté des élèves que du professeur et donc je n’ai pas pris de risques ; j’ai proposé des tâches portant sur des révisions et relevant d’une application simple et isolée de connaissances.

La seconde semaine, j’ai donc proposé des tâches qui nécessitaient plus de réflexion. En effet, je me suis rendu compte que les élèves adhéraient vraiment à ce mode de fonctionnement, à la fois rigoureux pour les prises de paroles et la gestion du temps d’apprentissage mais aussi convivial car chacun peut s’exprimer, interagir avec le professeur et les autres élèves ou bien prendre la main pour passer au tableau.

Côté enseignant, c’était rassurant de voir que sur un effectif de 30 élèves, au moins 27 étaient connectés. Côté humain, progressivement la relation s’est établie et j’ai parfaitement retrouvé les phénomènes qui se produisent en classe ordinaire, à savoir les élèves qui monopolisent l’attention, ceux qui posent des questions et puis les plus discrets. Lors d’un travail de recherche sur un exercice, il faut régulièrement lever certaines incompréhensions et c’est tout là, l’atout de la classe virtuelle, discuter en direct pour répondre à des questionnements mais aussi accompagner les élèves qui proposent souvent plusieurs procédures, valides ou pas.

Cette expérience d’enseignement à distance et l’outil de la classe virtuelle  a pour moi l’avantage de faire vivre les mathématiques dans le sens des interactions et du dynamisme. C’est un outil qui a ses limites, il me parait évident qu’elle ne saurait en aucun cas se substituer au cours du professeur face à des élèves, ne serait-ce que par rapport à l’aide qui doit être individualisée, aux ingénieries didactiques qu’il n’est pas possible de mettre en œuvre et au manque de visibilité du professeur sur l’élève posté derrière son écran. Cependant, la classe virtuelle peut parfaitement compléter d’autres pratiques de travail à distance.

Classe virtuelle ouverte

Dans le cadre du dispositif Classe virtuelle ouverte, vous pouvez assister à une séance en classe virtuelle de Thierry DUPONT avec ses élèves.

Si vous êtes intéressés, après avoir pris connaissance du fonctionnement du dispositif, vous pouvez lui écrire à l’adresse thierry.dupont@ac-bordeaux.fr.

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