Les postulats de Burns : un outil pour guider l’accompagnement des élèves

Dans le champ de la psychologie cognitive et de l’éducation, les « postulats de Burns » constituent un cadre de référence utile pour comprendre comment se construisent les difficultés d’apprentissage et comment les enseignants peuvent mieux accompagner les élèves. Formulés par Robert B. Burns, psychologue australien spécialisé dans l’éducation, en 1972, ces postulats offrent une lecture fine du rapport entre l’élève, la tâche scolaire et le sens qu’il attribue à ses apprentissages. En France, Jean-Pierre Astolfi, chercheur en didactique des sciences, attribuait à Burns les 7 postulats suivants mais on n’a pas de référence précise d’un tel écrit de Burns 

  1. Il n’y a pas deux apprenants qui apprennent de la même façon.
  2. Il n’y a pas deux apprenants qui progressent à la même vitesse.
  3. Il n’y a pas deux apprenants qui soient prêts à apprendre en même temps.
  4. Il n’y a pas deux apprenants qui utilisent les mêmes techniques d’étude.
  5. Il n’y a pas deux apprenants qui résolvent les problèmes exactement de la même manière.
  6. Il n’y a pas deux apprenants qui possèdent le même répertoire de comportements.
  7. Il n’y a pas deux apprenants qui soient motivés pour atteindre les mêmes buts.

En bref : il n’y a pas deux élèves identiques, chaque élève est unique dans sa manière d’apprendre donc l’enseignement doit tenir compte de cette diversité.

Quelles en sont les fondements ?

Burns proposait quatre axiomes majeurs qui permettent de comprendre les comportements et les performances d’un élève à l’école. Ces axiomes montrent que la réussite scolaire ne dépend pas uniquement des capacités cognitives, mais d’un ensemble d’éléments intriqués.

Pour les enseignants, ce cadre théorique est donc un levierpour interpréter les comportements, ajuster les pratiques et instaurer un climat propice aux apprentissages. Ces axiomes expliquent pourquoi les élèves se comportent différemment et comment les aider.

1. Tout comportement a un sens

Selon Burns, un élève ne fait jamais “au hasard”.
Même les comportements perturbateurs, l’évitement, la passivité ou les erreurs répétées répondent à une logique interne, propre à l’élève.
Cet axiome invite l’enseignant à passer d’une logique punitive à une logique d’interprétation :

  • Que cherche l’élève en agissant ainsi ?
  • Quel besoin tente-t-il de satisfaire ?
  • Quelle représentation se fait-il de la situation scolaire ?

2. Le comportement est fonction de la perception de la situation

Burns rappelle que l’élève n’agit pas en fonction de “la réalité”, mais en fonction de la manière dont il perçoit la tâche, l’enseignant, ou l’enjeu.
Deux élèves placés dans une même situation peuvent réagir totalement différemment selon :

  • leur estime de soi,
  • leur vécu scolaire antérieur,
  • la valeur qu’ils attribuent à la tâche,
  • leurs émotions.

Pour l’enseignant, il devient essentiel de comprendre le point de vue de l’élève afin d’adapter sa posture pédagogique.

3. Le comportement est influencé par l’image de soi

Pour Burns, l’image que l’élève a de lui-même — sa valeur personnelle, ses compétences perçues, son identité scolaire — détermine fortement ses actions.

Un élève qui se sent « nul en maths » peut :

  • éviter les tâches,
  • ne pas s’engager pleinement,
  • anticiper l’échec,
  • s’auto-saboter.

À l’inverse, une image de soi positive renforce l’engagement et la persévérance.
D’où l’importance de valoriser les progrès, de proposer des réussites accessibles et de soutenir la construction d’un sentiment de compétence.

4. Les comportements s’apprennent et peuvent se modifier

Burns insiste sur le fait que rien n’est figé :
ni les difficultés, ni les attitudes, ni les croyances des élèves.

L’école est un lieu privilégié pour :

  • transformer les représentations,
  • instaurer de nouveaux rapports au savoir,
  • offrir des expériences de réussite,
  • encourager des stratégies d’apprentissage efficaces.

Ce postulat ouvre une perspective profondément optimiste : chaque élève peut évoluer, à condition de rencontrer des contextes et des adultes favorables.

Quel intérêt ces axiomes et postulats présentent-ils pour la pratique enseignante ?

Les postulats de Burns aident à interpréter de façon concrète et humaine les comportements scolaires. Ils permettent de :

  • Dédramatiser les difficultés : un élève en difficulté n’est pas « incapable », il réagit à une perception ou à une représentation.
  • Mieux comprendre les comportements perturbateurs : ils ont toujours une signification.
  • Adapter les interventions pédagogiques : en tenant compte du vécu, de l’image de soi et du sens donné à la tâche.
  • Renforcer le climat de classe : en choisissant une attitude ouverte et bienveillante
  • Favoriser la réussite scolaire : en modifiant le rapport de l’élève aux apprentissages.

Ils amènent à instituer une pédagogie positive centrée sur les progrès observables, ainsi qu’à aider les élèves à donner du sens aux apprentissages par des objectifs clairs et des mises en situation concrètes.

Lien Permanent pour cet article : https://ent2d.ac-bordeaux.fr/disciplines/mathematiques/les-postulats-de-burns-un-outil-pour-guider-laccompagnement-des-eleves/