Article suite à l’intervention de Morgan Gilot (IA-IPR de Mathématiques, Académie d’Orléans Tours)
L’évaluation demeure un aspect complexe des pratiques enseignantes, naviguant entre exigences institutionnelles, convictions personnelles et réalités de classe. Aborder cette thématique nécessite d’anticiper plusieurs résistances : confusion entre contrôle et évaluation, poids de la note mais aussi sentiment d’équité menacé par la différenciation.

Repenser l’évaluation pour valoriser les progrès
- L’évaluation joue un rôle essentiel dans l’acquisition des compétences et des savoir-faire par les élèves. Sans évaluation, il n’y a pas de régulation des apprentissages, et donc pas de progrès possibles.
- Évaluer suppose d’abord une réflexion et une définition des objectifs et des enjeux de la démarche. Les méthodes et les outils adaptés en découlent ensuite.
Les évaluations prennent différentes formes et remplissent des fonctions complémentaires dans les apprentissages.
- L’évaluation diagnostique, réalisée en amont, permet d’identifier les acquis initiaux et les représentations des élèves afin d’adapter l’enseignement à leurs besoins.
- L’évaluation formative, menée tout au long des activités, sert à suivre la progression des élèves, à repérer leurs difficultés et à ajuster la démarche pédagogique pour les accompagner vers la réussite.
- Enfin, l’évaluation sommative intervient à la fin d’un apprentissage pour établir un bilan de la maîtrise des compétences et des objectifs visés, souvent sous forme de note ou d’appréciation.
Ces évaluations peuvent prendre des modalités variées : écrites, orales, numériques, sous forme de QCM, ou encore à travers l’observation d’activités individuelles ou collectives. Ensemble, elles contribuent à réguler les apprentissages et à soutenir la progression des élèves.
Un des constats majeurs est la confusion persistante entre contrôle et évaluation. Pour de nombreux élèves comme pour certains enseignants, seule « l’évaluation qui compte » est celle qui est notée. L’enjeu est pourtant de replacer l’évaluation au cœur de l’apprentissage : rendre visibles les progrès, identifier les besoins réels et permettre aux élèves de consolider leurs acquis. L’objectif est de mettre en lumière les progrès des élèves ; cela répond non seulement aux attentes du référentiel P5 des compétences professionnelles, mais aussi aux récentes évolutions institutionnelles comme l’usage du coefficient 0.
Dans ce cadre, la remédiation joue un rôle essentiel. Elle ne consiste pas à « refaire » l’évaluation, mais à proposer des parcours de reprise ciblés : exercices gradués, retours individualisés, activités de consolidation ou encore temps de manipulation et d’entraînement spécifique. Les évaluations de rattrapage, ou « évaluations de deuxième chance », permettent alors de vérifier à nouveau les compétences travaillées après un temps de remédiation. Elles donnent à l’élève la possibilité de montrer ses progrès, tout en renforçant son sentiment d’efficacité personnelle.
L’évaluation à la demande place l’élève au cœur de son apprentissage. C’est lui qui choisit le moment où il se sent prêt à être évalué, transformant l’évaluation en un outil de progression plutôt qu’en une sanction. Cette pratique favorise l’autonomie, la confiance en soi et l’engagement, tout en donnant à l’enseignant une vision plus juste des acquis réels. L’erreur devient alors une étape normale et constructive du chemin vers la réussite.
Les ressources académiques et les retours de pratiques illustrent comment structurer ces dispositifs : utiliser le numérique pour proposer des parcours différenciés (lien vers article sur les plans de travail à venir), créer des grilles de critères explicites pour favoriser l’autonomie des élèves, ou encore organiser des moments de reprise réguliers pour inscrire la remédiation dans la dynamique de la classe.
Auto-évaluation, co-évaluation et rétroactions : des leviers puissants
Qu’est-ce que la rétroaction ?
« La rétroaction est une information fournie pour améliorer l’apprentissage, en indiquant à l’élève ses progrès par rapport à l’objectif et les actions nécessaires pour s’en rapprocher. » Hattie & Timperley (2007)
S’appuyant sur les travaux de John Hattie, certains gestes professionnels ont un impact majeur sur la réussite scolaire. Selon une étude rigoureuse, parmi tous les gestes, voici les quatre plus efficaces, classés du moins efficace au plus efficace :
- Auto-évaluation des élèves.
- Relations positives enseignant–élèves.
- Feedback clarifiant.
- Enseignement explicite des stratégies d’apprentissage.
Loin d’être anecdotiques, ces pratiques renforcent la motivation, la métacognition et l’autonomie. Elles structurent également une culture de l’erreur positive : comprendre pour mieux progresser.
Lien vers la page auto-évaluation, co-évaluation et rétroactions.
Conclusion
Évaluer, c’est finalement accompagner un changement de culture : ne pas évaluer pour juger, mais évaluer pour faire progresser. Les élèves gagnent en autonomie, les enseignants disposent d’outils plus précis, et l’évaluation redevient ce qu’elle devrait toujours être : un outil d’apprentissage.
En s’appuyant sur la recherche, le numérique et une pratique réflexive, la communauté enseignante de mathématiques dispose aujourd’hui de leviers puissants pour faire évoluer durablement les pratiques.
