Tâche complexe pour traiter l’objectif d’apprentissage de terminale : « Comprendre comment le progrès technique peut engendrer des inégalités de revenus »

Ressource proposée par Chaïneze Chbani et Cloé Vanacker, enseignantes de SES au lycée De Baudre à Agen.

Niveau éducatif : Terminale générale

Thème du programme : Croissance et fluctuations économiques

Objectif(s) d’apprentissage : Comprendre comment le progrès technique peut engendrer des inégalités de revenus.

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Consigne pour les élèves

Vous devez réaliser une vidéo de 3 minutes maximum dans laquelle vous répondrez à la question suivante : « Comment le progrès technique peut-il engendrer des inégalités de revenus ? » en vous appuyant sur les documents ci-dessous et vos connaissances.

  • Mise en forme : Vidéo.
  • Durée : 3 minutes.
  • Format libre : face caméra, animation, reportage fictif, capsule d’explication façon “YouTubeur d’économie”, etc.
  • Le ton doit être pédagogique, fluide et vivant.
  • Intégrez éventuellement des visuels (images, graphiques, textes clés, chiffres) pour appuyer vos propos.

Prérequis et Objectifs de cette activité

Prérequis En termes de savoirs En termes de savoir-faire
À maîtriser Progrès technique, croissance, productivité, emploi, salaire, revenu, inégalité.
  • Lecture et interprétation d’un indice.
  • Sélectionner l’information pertinente dans un document.
Objectifs visés
  • Le lien entre progrès technique et transformation du marché du travail.
  • La manière dont ces évolutions peuvent creuser les inégalités de revenus.
  • Expliquer la notion de polarisation de l’emploi.
  • S’exprimer clairement et de manière vivante à l’oral.
  • Construire une argumentation rigoureuse en expliquant les mécanismes économiques utilisés et en illustrant ses propos à l’aide d’exemples concrets.

Scénarios pédagogiques pour le professeur

Comptez environ 1h30 correction comprise pour cette activité (40 min de préparation, 20 min de passage et 30 min de correction).

  • Scénario A : Cette activité peut se dérouler en 2 temps : un premier temps d’écriture du scénario en classe où les élèves sont mis en groupe et un 2nd temps d’enregistrement et de montage de la vidéo à la maison.
  • Scénario B : Réaliser cette activité en classe en mettant les élèves par binôme et en leur demandant de réaliser un JT en direct à la fin de la séance. Par exemple : 35 min de préparation et 20 min de passage à l’oral ce qui permet de faire passer 4 binômes. Dans ce cas, il faut compter 1h30 correction comprise.

Deux supports documentaires à distribuer à chaque groupe

Graphique : Productivité du travail et rémunération aux Etats-Unis

Source : « Productivité et rémunération : le lien est-il rompu ? », National Bureau of Economic Research, décembre 2017.

DOCUMENT 2 : Progrès technique biaisé : le progrès technique source d’inégalités de revenus ?

Toute activité de production nécessite d’effectuer un ensemble bien défini de tâches, par exemple de déplacer un objet, de faire un calcul ou de transmettre de l’information. Une tâche peut être réalisée par un travailleur ou par une machine. Les travailleurs et les machines sont plus ou moins capables et efficaces selon les tâches.

Les ordinateurs fonctionnent en suivant des procédures et des règles explicites préalablement programmées. Ils se révèlent extrêmement doués pour effectuer des tâches dites « routinières », faciles à décomposer et à codifier par une série d’actions clairement définies qui prévoient le comportement de l’ordinateur dans l’ensemble des situations qu’il peut rencontrer. Avec l’augmentation des capacités, les tâches routinières que les ordinateurs effectuent sont de plus en plus complexes. Les ordinateurs sont notamment très efficaces pour traiter de manière habituelle l’information. Un ordinateur peut établir des feuilles de paye, stocker et retrouver des données relatives aux employés, suggérer des achats lorsque l’on navigue sur Internet ou encore distribuer de l’argent. Cela a permis aux ordinateurs de remplacer le travail humain élémentaire et répétitif qui caractérisait de nombreux emplois intermédiaires. Les employés de bureau, les opérateurs ou les employés de production, qui effectuaient de telles tâches auparavant, ont été les plus touchés par l’informatisation.

Les ordinateurs ne peuvent cependant pas tout faire (du moins pour l’instant). Ils ont des capacités limitées à mener à bien les tâches qu’il est difficile de décomposer en actions élémentaires. On distingue deux grandes catégories de tâches. Tout d’abord, celles dites « manuelles non routinières » qui consistent à répéter des actions manuelles, éventuellement simples, mais dans des contextes qui réclament de la flexibilité, des capacités de reconnaissance visuelle ou des interactions interpersonnelles que les ordinateurs sont encore impuissants à effectuer. De telles tâches sont fréquentes dans le secteur des services non qualifiés : c’est par exemple le cas d’un serveur dans la restauration, d’un employé d’une entreprise de nettoyage ou d’aides-soignants. Ces emplois manuels ne requièrent pas un niveau élevé d’études et ils sont faiblement rémunérés. Les ordinateurs ne pouvant y remplacer le travail, ces emplois sont préservés de la destruction, mais ils ne bénéficient pas des gains de productivité liés aux nouvelles technologies.

Les ordinateurs sont encore impuissants à accomplir un second type de tâches, celles qui mobilisent des capacités cognitives avancées et qui consistent à résoudre des problèmes complexes en faisant preuve de créativité. Ces tâches sont qualifiées d’« abstraites » (parfois aussi de « cognitives non routinières »). Les problèmes à traiter dans les tâches abstraites ne peuvent être anticipés ou décomposés en une série d’actes élémentaires. Ces tâches ne peuvent donc pas être facilement programmées sur des ordinateurs. Elles caractérisent les emplois qui requièrent de l’intuition, de la persuasion, de la capacité analytique et un haut niveau d’expertise. Ce sont, par exemple, les emplois d’analyste financier, de statisticien, de programmeur, de juriste, d’ingénieur, d’employé dans la recherche et le design par exemple.

Les grands gagnants du progrès technologique sont ceux qui effectuent ces tâches abstraites dans leur travail. Non seulement les ordinateurs ne peuvent les remplacer, mais ils les rendent plus productifs. L’informatique est, en effet, clairement complémentaire et utile à ces activités. Internet augmente la quantité d’information disponible et diminue le temps passé à la rechercher. Il facilite la spécialisation des connaissances et permet de se concentrer sur les tâches d’analyse. Les ordinateurs sont aussi des outils puissants pour mener à bien des calculs ou pour réaliser des estimations permettant d’aider à la prise de décision. La création des messageries électroniques a également révolutionné les modes de communication.

Source : Gregory Verdugo, « Les nouvelles inégalités du travail », Presses de Sciences Po, 2017, pp. 33-48.

Accompagnement et ressources de différenciation

Dans une logique de différenciation, l’article entier peut être proposé aux groupes plus performants et/ou qui avancent plus rapidement : Grégory Verdugo (Les nouvelles inégalités du travail, OFCE, 2017).

Quatre ressources à mobiliser pour certains groupes en cas de besoin :

  • Fiche méthode sur les indices pour le document 1 (Cf. annexe n°1).
  • Tableau d’aide à la compréhension du document 2 à faire compléter :
Type de tâches Exemples d’emplois Niveau initial de rémunération Progrès technique substituable ou complémentaire ? Effet du progrès technique sur l’emploi et les salaires
Manuelles non routinières
Manuelles routinières
Abstraites non routinières
  • Accompagnement à l’utilisation du document 2 à travers quelques questions « guide » :
    • Présentez les idées essentielles de ce texte de G. VERDUGO.
    • Pourquoi l’automatisation et l’informatique profitent davantage à certains travailleurs qu’à d’autres ?
    • Evoquez des exemples concrets (secteurs touchés, métiers, comparaisons France/EU…).
    • Expliquez pourquoi ce progrès technique peut-il favoriser la hausse des inégalités de revenus.
  • Ressource conseillée (La polarisation des emplois) : La polarisation des emplois désigne la tendance de l’emploi à se concentrer dans le bas et le haut de l’échelle des qualifications et des rémunérations. Les technologies numériques permettent de substituer des dispositifs automatisés aux tâches routinières exercées à des niveaux de qualification intermédiaires. À l’inverse elles ne se substituent pas aux tâches intellectuelles hautement qualifiées […] ni aux tâches manuelles moins qualifiées mais qui exigent de la dextérité….

Grille d’évaluation

Critère Descripteurs attendus A ECA NA
1. Compréhension du sujet La vidéo répond clairement à la question posée ; le lien entre progrès technique et inégalités de revenus est bien expliqué.
2. Mobilisation des connaissances et des informations des documents L’élève a su mobiliser les deux documents à bon escient (Article + document en indices) et a utilisé un vocabulaire spécifique aux SES (progrès technique, croissance, polarisation de l’emploi, destruction créatrice, inégalités de revenus…).
3. Structure & cohérence – Introduction accrocheuse
– Développement organisé
– Conclusion marquante
– Méthode AEI respectée
– Le propos est structuré à l’aide de connecteurs logiques ou de transitions claires ce qui le rend fluide.
4. Expression orale et engagement dans la parole – Niveau de langage correct, vocabulaire varié, phrases adaptées à l’oral, maitrise des silences choisis
– Articulation, intonation, audibilité et clarté du message, engagement, lecture vivante et dynamique. Regard et voix assurés.
5. Créativité et respect des consignes techniques Durée respectée (3min +/-). Effort de mise en forme (montage, images, rythme). Mise en scène originale.

Proposition de correction

On peut imaginer une correction en 2 temps :

  1. Bilan collectif des productions des élèves (après prestation orale) en soulevant les points forts de certaines productions et les axes d’amélioration.
  2. Distribution d’un texte à trous à partir de la proposition ci-dessous dans une logique d’évaluation formative et afin de faciliter la trace écrite des élèves.

Exemple de trace écrite attendue :

Pourquoi les PDG des GAFAM gagnent-ils en 4 jours ce qu’un salarié gagne en un an en moyenne ? Le progrès technique, souvent célébré pour ses bienfaits, peut aussi creuser les inégalités de revenus. Comment le progrès technique engendre-t-il des inégalités de revenus ?

D’une part, le progrès technique favorise une polarisation du marché du travail. Le progrès technique ne profite pas uniformément à tous les travailleurs. Il crée une polarisation entre ceux qui maîtrisent les nouvelles technologies et ceux dont les compétences sont rendues obsolètes ou automatisables. Cette polarisation se traduit par une augmentation des écarts de revenus entre les travailleurs qualifiés et les travailleurs peu qualifiés. […] On parle alors de progrès technique biaisé en faveur des plus qualifiés.

Cette divergence s’explique par le découplage entre productivité et rémunération. Comme le montre le Document 1, aux États-Unis, la productivité du travail a été multipliée par 3,5 entre 1948 et 2020 […] tandis que la rémunération moyenne […] a été multipliée par 2.5 « seulement ». Pire encore, la rémunération des salariés d’exécution a stagné autour d’un indice 150 depuis les années 1980.

D’autre part, le progrès technique concentre les richesses dans les secteurs innovants. […] Les profits y sont élevés, mais ils sont principalement captés par les actionnaires et les travailleurs très qualifiés (cadres, ingénieurs). A contrario, les travailleurs peu qualifiés, eux, sont souvent relégués à des emplois précaires ou mal rémunérés, sans accès à ces richesses.

Enfin, le progrès technique ne touche pas uniformément tous les territoires. Il crée des déséquilibres géographiques, où certaines régions captent les emplois qualifiés et les richesses, tandis que d’autres subissent le déclin économique. Le chômage et la précarité y augmentent, creusant les écarts de revenus avec les régions prospères.

Annexe n°1 : Lire et interpréter des données exprimées en indice

Rappel : les indices d’évolution sont utilisés pour étudier des séries chronologiques et permettent de faire apparaître des variations par rapport à une date donnée. Un indice dont la valeur est supérieure à 100 exprime une hausse de la valeur de la donnée par rapport à l’année de base, à l’inverse, un indice inférieur à 100 exprime une baisse.

Indice du PIB en France, Grèce et Allemagne, base 100 en 2007
Pays 2007 2012 2017
France100113,4135,4
Grèce10086,395
Allemagne100116,9144,9

Source : OCDE, 2018

Bilan de l’activité testée en classe et conseils

L’activité a été appréciée par les élèves qui ont été motivés par la proposition. Elle permet de travailler simultanément des contenus disciplinaires, les compétences attendues à l’écrit au baccalauréat, les savoir-faire statistiques avec les indices et les compétences orales.

  • Points forts : Les élèves comprennent bien la substitution / complémentarité du progrès technique, la polarisation du marché du travail, le lien entre qualification, productivité et salaire. Le format favorise la réappropriation des notions et une forte motivation.
  • Points à améliorer : Tendance à décrire les documents sans expliciter les mécanismes économiques. Confusions fréquentes sur la lecture des indices et la distinction emploi/salaire/revenu.
  • Conseils de mise en œuvre : Coconstruire la grille d’évaluation explicite dès le départ avec les élèves. Rappeler et illustrer la méthode AEI à l’oral. Autoriser une fiche très synthétique pendant le passage à l’oral.