Journée de la mémoire des génocides et de la prévention des crimes contre l’humanité au CAPC Bordeaux – Mardi 27 janvier 2026
La commémoration débute par l’interprétation émouvante de « Djelem, djelem », chanson composée après le génocide contre les populations Rom et Tzigane, évoquant l’exil d’une population qui poursuit son chemin malgré les persécutions.
Pour Sandra Patron, directrice du CAPC, commémorer un moment du passé dans un lieu du présent permet de montrer à nos élèves, futurs citoyens, que les massacres intolérables d’hier le sont toujours aujourd’hui.
Monsieur Jean-Marc Huart, recteur de l’académie de Bordeaux, tenait à s’associer à cette journée de commémoration pour porter les valeurs d’humanisme et de respect de la dignité humaine.
« Commémorer diffère de célébrer : c’est se souvenir ensemble des périodes qui ont marqué notre histoire et nos sociétés en cette date anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz.
Personne ne revient indemne d’une visite à Auschwitz. Pour autant, cette journée n’a pas pour but de perpétrer la mémoire de l’horreur, mais de combattre l’intolérance et défendre les valeurs de la République et de la démocratie.
Cette mission, confiée à l’école, s’appuie sur l’enseignement de l’histoire-géographie et de l’EMC, des moments de commémoration, des visites de lieux de mémoire et des partenariats avec le monde associatif. Elle a pour objectif d’amener les élèves à devenir des esprits éclairés.
Le devoir de mémoire doit continuer ; il faut se souvenir pour faire nation, avancer sans oublier ce qui s’est passé ».
La participation de la classe de première AEPA (Animation enfance et personnes âgées) du lycée des Métiers Saint-Vincent-de-Paul est menée par Mme Lesquier, professeure d’histoire-géographie en partenariat avec la compagnie de théâtre Orfélé pour la partie artistique.
« Regards croisés sur les génocides » met en voix la parole des « bourreaux » et de leurs complices dans les génocides qui ont visé les Arméniens, les Juifs et les Tutsi ainsi que celle de jeunes rescapés sur leur vécu. Ils rendent compte de la nécessité du témoignage et de la mémoire.
La parole des bourreaux… Les convois, les travaux forcés, les marches de la mort… Témoignages des rescapés…

Après quelques échanges avec les classes présentes, Carole Lemée, anthropologue, (maître de conférences, université Bordeaux, laboratoire UMR Passages ; membre du conseil scientifique de la Fondation pour la mémoire de la Déportation) est intervenue pour présenter ses travaux de recherche.
Carole Lemée est à l’origine du mur des noms à la Grande Synagogue de Bordeaux et de l’exposition sur les différentes rafles organisées sur le territoire de la préfecture de la Gironde. Sur les 1586 noms recensés, seuls 2% sont revenus vivants. Le plus jeune déporté avait seulement 10 jours, il était issu d’une famille originaire des Eyquems à Mérignac, famille de 10 enfants totalement décimée.
Les persécutions ont commencé très tôt à Bordeaux, dès l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940 visant à recenser les populations juives en zone occupée. Un double génocide a eu lieu jusqu’à la fin de la guerre, contre les Juifs et contre les Tziganes. La dénomination de Tziganes était usitée par les nazis ; ceux-ci s’autonommant Roms et Sinti en Europe centrale et « voyageurs » en France. Les voyageurs étaient visés par les mêmes lois que les Juifs. Ils ont été internés dans le camp de Mérignac dès octobre 1940 ainsi qu’au Fort du Hâ. Entre juillet 1942 (rafle du Vel d’Hiv’ à Paris) et août 1944, 10 convois de déportation sont partis de Bordeaux, gare Saint Jean, quai n°1.
Le procès Papon a mis en lumière des exactions de la part des autorités françaises agissant au-delà des exigences de l’occupant, rendant « déportables » des personnes non concernées, en particulier des enfants. Avant le dernier convoi du 12 janvier 1944, fait unique en France, les autorités décident d’utiliser la Grande Synagogue comme lieu d’internement. Plus de 350 personnes y sont enfermées, dont la famille de Boris Cyrulnik exfiltré par une infirmière de la Croix-Rouge.
Cette conférence de Carole Lemée s’accompagne d’une partie musicale avec Bruno Maurice à l’accordéon (enseignant au Conservatoire Régional de Bordeaux), Stéphane Rougier au violon (de l’Orchestre National de Bordeaux, et enseignant au Conservatoire Régional de Bordeaux). Ils ont interprété deux mélodies hébraïques de Ravel dont le kaddish, prière en araméen, récitée pour la mémoire des morts.
Germinal Rameau, étudiant en anthropologie et accordéoniste, a écrit et déclamé un texte commémorant ces génocides ; Ekaterina Borisenkova (étudiante russe en psychologie, violoniste, originaire de Saint-Pétersbourg) a joué une mélodie en lien avec les génocides contre les Juifs et les Roms dans les contrées autrefois russes.
27 élèves de terminale HGGSP de Pauline Jarrigue, lycée Montesquieu ; 8 élèves de 1er TRPM de Véronique Legouis, lycée professionnel Trégey ; 30 élèves de 3ème de Denis Bonhomme, collège sainte-Anne au Bouscat ; 30 élèves de 3ème d’Alizée Morin du Collège Blanqui Bordeaux ; 34 élèves de 1er d’Anne Charrier du lycée Gustave Eiffel ont assisté avec attention et émotion à cette journée de commémoration organisée par Eric Boisumeau, conseiller académique aux arts et à la culture en charge de la musique et des musées, de la citoyenneté et des commémorations, de l’égalité filles/garçons et du harcèlement.
