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Reconstitution paléoécologique et paléoclimatique


Les caractéristiques des lacs où se sont déposés les calcaires de la série aquitanienne

1. Evaluation de l’abondance de la végétation

L’observation en lame mince montre que les restes végétaux sont très peu représentés à l’exception des Characées.

On peut les révéler par la méthode de décalcification : on prélève avec soin un échantillon de calcaire non contaminé et on le place dans une boîte de Pétri contenant de l’acide chlorhydrique dilué ( 2,5 à 5%). En général, un feutrage organique surnage après cette opération; on peut le récupérer avec une micropipette pour l’observer ensuite au microscope.

Le faible taux de reste organique peut s’expliquer par une forte oxygénation du milieu qui oxyde la matière organique.

2. Evaluation de l’oxygénation du milieu

Elle peut être déduite de la teneur en matière organique résiduelle de l’échantillon :

  • si le pourcentage de carbone organique est faible on en déduit que le lac est bien oxygéné et vraisemblablement assez profond ce qui amène à la disparition presque totale de la matière organique.

  • si le pourcentage de carbone organique est fort on en déduit que le milieu est réducteur et le lac peu profond.

3. Résultats de l’analyse des échantillons

ECHANTILLONS % de carbone organique éléments organiques et minéraux
CALCAIRE BLANC

Monbran 0,07 Champignons supérieurs
Vianne 0,15 Cyanophycées : Oscillaires (Schizotrix Phormidium)- Champignons – Characées très nombreuses
Nicole 0,14 filaments indéterminables
moyenne : 0,12

 

CALCAIRE GRIS % de carbone organique éléments organiques et minéraux
Monbran 0,74 Champignons – grains de pollen. Pyrite
Plateau de Serbat 0,91 Débris ligneux – tiges de Characées – débris de Gastropode -Pyrite
Vianne 0,79 Tissus végétaux ( fibres ) – Phanérogames – Cladophore – Characées – Gonidies de champignons -Pyrite
Nicole 0,70 Débris d’os – pyrite
Le Pin ( près de Nérac ) 0,06 Tissus végétaux – Coccolithes – débris d’os – Points organiques. Pyrite
Foulayronnes près d’Agen 0,21 Tissus végétaux. Pyrite
moyenne : 0,57

4. Interprétation des résultats

La faible teneur en carbone organique du calcaire blanc indique qu’il s’est déposé dans un lac bien oxygéné et probablement profond.

Dans le calcaire gris, la forte teneur en carbone organique témoigne d’un milieu réducteur marqué par la présence de pyrite et par l’odeur d’hydrogène sulfuré qui se dégage au choc ( la matière organique a été incomplètement décomposée ). le lac devait être peu profond car certains débris de gastropodes n’ont pas été dissous puis recristallisés. Cela témoigne d’une faible épaisseur d’eau sursaturée en carbonate de chaux.

Interprétation paléoclimatique

L’examen des minéraux argileux d’un sédiment peut aider à reconstituer les paléoclimats à une époque donnée. Des termes à sépiolites et attapulgite ont été découverts dans les formations lacustres de Grignols. Or ces minéraux sont absents des argiles sédimentaires. Ce sont des minéraux de néoformation en milieux basiques ( marins ou lacustres ) riche en SiO2 et MgO. Ils sont stables dans ces milieux mais se montrent d’une extrême instabilité hors de leur milieu de genèse, en particulier dans les sols.

La fréquence de ces niveaux à attapulgite pendant le cénozoïque est due au lessivage différentiel des formations résiduelles recouvrant les massifs hercyniens sous climat hydrolysant (chaud et humide). Les eaux descendant du Massif Central apportaient aux lacs aquitaniens, à l’état dissous, la silice, le magnésium, le calcium, issus de ces altérations continentales.

L’existence à Grignols de niveaux calcaires mamelonnés concrétionnés dont certaines surfaces sont rubéfiées (présence de fer) témoigne de périodes sèches pendant lesquelles s’est fixé le fer libéré pendant les périodes humides.

Il y a donc une argumentation suffisante pour émettre l’hypothèse de la succession de périodes sèches et humides assez longues et à climats nettement constrastés. Une végétation intense devait proliférer ( présence d’intercalations ligniteuses, marnes grises, calcaire gris dont la teneur en matière organique est la plus élevée de tous les calcaires lacustres du Miocène aquitain ).

La paléofaune et la paléoflore

La faune corrobore les données climatiques précédentes. Les animaux des zones marécageuses sont toujours nombreux : Crocodiliens, Chéloniens, Castoridés, Muridés, Carnivores très variés de taille.

La flore est également celle d’une région de marécages et de forêts à climat chaud et humide (Palmiers, Lauriers, Mimosacées ) mêlée à des formes de région tempérée (Aulnes, Châtaigniers, Bouleaux, Erables, Chênes).

Cette faune et cette flore rappellent celles de l’archipel malais actuel :

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